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Publié le 25 juillet 2011
Dernière modification : 6 septembre 2011
Le 21 juillet 2011, des responsables des éditions Larousse m’ont demandé de ne pas publier la liste des mots nouveaux du Petit Larousse 2012 et des prochaines éditions. Le fait de rendre accessible sur internet, peu de temps après la parution d’une nouvelle édition du Petit Larousse, la liste des mots nouveaux qu’il accueille pose un problème à ses auteurs et à ses éditeurs. En effet, d’après les éditeurs, cette liste (qu’ils ne diffusent eux-mêmes jamais intégralement) risque d’être récupérée par des personnes l’utilisant à mauvais escient ou par des personnes auxquelles Larousse ne souhaite pas la divulguer.
Le travail des auteurs du Petit Larousse consiste avant tout à repérer des néologismes. Selon eux, publier la liste de ceux qui sont entrés dans le dictionnaire revient à partager, contre la volonté des auteurs, le bénéfice d’un travail documentaire de grande ampleur.
À terme, le fait de donner sur internet la liste des mots nouveaux du Petit Larousse pourrait lui nuire. Comme mon but n’est pas de mettre des bâtons dans les roues des lexicographes (dont j’admire le travail), mais de partager ma passion des dictionnaires, j’ai décidé de ne pas publier pour l’instant la liste des mots nouveaux. En revanche, je rédigerai comme d’habitude un compte rendu détaillé de chaque nouvelle édition, dans lequel je mentionnerai de nombreux exemples. Ce compte rendu sera toujours basé sur mes relevés tirés de la comparaison des dictionnaires, et non sur les quelques éléments dévoilés à la presse par les éditeurs. De plus, les autres pages du site continueront à être alimentées.
Les chiffres de fréquentation du site indiquent que vous étiez nombreux à attendre ces mots nouveaux. N’hésitez pas à me faire part de vos réactions.
Camille
Le Petit Larousse 2012 est paru le 16 juin 2011. Il s’agit d’une refonte de l’édition précédente. Une refonte est un travail de grande ampleur, préparé pendant plusieurs années, qui se traduit par une nouvelle maquette, de nombreux ajouts et le réexamen de tout le texte. C’est aussi l’occasion de modifier la structure du texte ou d’entreprendre de grands chantiers. C’est le cas dans ce nouveau millésime. Les éditeurs et les lexicographes proposent cette année un dictionnaire qui se démarque du Petit Larousse 2011 par plusieurs aspects, détaillés dans ce compte rendu.
La couverture du Petit Larousse 2012 est dans le même esprit que la précédente, avec des vignettes qui symbolisent la connaissance, un dégradé arc-en-ciel et un peu de brillant.
Le nombre total de pages augmente : il passe de 1952 à 1984 pages (dont deux non numérotées). Ce supplément de 32 pages permet l’ajout de nouvelles planches illustrées, qui s’inscrivent dans la lignée des productions Larousse : la Nouvelle-Zélande, les châteaux forts, les grands courants littéraires, les grandes doctrines économiques, etc.
Si la taille du dictionnaire n’augmente pas, en revanche les colonnes de texte s’agrandissent. Elles augmentent de 2 millimètres, tant en hauteur (20,6 cm) qu’en largeur (4,1 cm). De fait, les marges se trouvent réduites ; malheureusement la diminution de la marge intérieure n’aide pas à lire le texte qui se trouve près de la reliure. Tout cela permet de faire tenir plus de texte sur une page, mais augmente en contrepartie l’encombrement des pages, ce qui rend la lecture moins confortable.
Dans la maquette, quelques améliorations colorées favorisent la clarté : développements encyclopédiques sur fond vert, violet ou écru, remarques de langue sur fond bleu ciel (certaines remarques de langue ne sont pourtant pas distinguées par ce fond bleu), titres d’illustrations en orange (partie langue française) ou violet (partie noms propres), nomenclature des noms propres en bordeaux.
Le numéro des pages, qui était dans le coin extérieur bas en 2011, se trouve à l’opposé en 2012 (coin intérieur haut), comme c’était déjà le cas dans les Petit Larousse 1989 à 1997.
Dans les articles, les polices typographiques ont été changées. Le gras est beaucoup employé à l’intérieur des articles, et d’une épaisseur plus élevée qu’auparavant. De nouveaux symboles servent à signaler les développements encyclopédiques (flèche blanche sur fond orange), les remarques de langue (crayon), les composés qui reçoivent une définition (petit carré noir). Dans les entrées, les éléments qui se trouvaient entre parenthèses passent en première position : ainsi, les entrées de 2011 mutiner (se) et instar de (à l’) deviennent en 2012 se mutiner et à l’instar de, tout en restant à la même place alphabétique.
L’organisation des sens dans les articles polysémiques a été totalement revue. On passe d’une organisation fondée sur la logique, héritière d’une longue tradition lexicographique, à une organisation fondée sur le seul automatisme. Comparons par exemple l’article 1. commun, e en 2011 et 2012 (je vous renvoie à vos dictionnaires).
En 2011, on compte cinq sens numérotés. Chacun est susceptible de contenir une démarcation (marquée ici par un tiret ou un losange vide, dans d’autres articles par une lettre) introduisant une nuance de sens ou un composé recevant une définition. Dans le sens 1, trois définitions sont regroupées : c’est la logique qui pousse à traiter « lieu commun » et « sans commune mesure » à la suite de la première définition.
En 2012, on retrouve les sens numérotés mais plus aucune démarcation interne. Les losanges, les tirets, les lettres ont disparu de cette édition. À la suite des définitions numérotées, les composés recevant une définition, introduits chacun par un petit carré noir, sont regroupés et classés par ordre alphabétique.
Chacun des deux systèmes de classement des sens présente des avantages et des inconvénients. On peut regretter en 2012 que des sens proches se trouvent éloignés dans l’article. Il n’est pas certain que cette nouvelle organisation rende la tâche plus facile à l’utilisateur. Sans compter que toute reconstitution de l’évolution du sémantisme d’un mot (par extension de sens, par restriction, par métonymie, etc.) est rendue impossible : c’est comme si les pièces du puzzle avaient été mélangées.
D’autres ajustements mineurs sont pratiqués dans la structure des articles. Les exemples sont désormais introduits par deux points ; la définition peut continuer après l’exemple, séparée par un point-virgule. Les verbes reçoivent systématiquement un renvoi vers leur table de conjugaison, ce qui n’était pas le cas en 2011.
« Plus de 3000 nouveaux mots, sens ou expressions », lit-on dans le dossier de presse. Qu’en est-il ? Il faut déjà s’entendre sur le nombre : 3000, cela comporte les articles ajoutés, les définitions ajoutées et les expressions ajoutées. En réalité, 1882 articles ont été ajoutés, sans compter les articles issus de la scission d’articles préexistants. On en déduit qu’environ 1100 sens et expressions nouveaux ont également fait leur entrée. Ce sont des nombres importants, plus élevés que lors de la refonte de 1998. Il faut ensuite se demander quelle est la part de nouveauté dans ces ajouts. C’est là que le bât blesse.
D’un côté, le Petit Larousse continue sa moisson de néologismes, comme chaque année. Ceux-ci sont copieusement mis en avant dans le dossier de presse, qui en cite une soixantaine (conspirationniste, génotoxicité, widget, etc.). Ces néologismes sont accompagnés de mots de la francophonie (babiche, chorba, etc.) : le Petit Larousse est ici fidèle à lui-même. On trouve aussi beaucoup de nouveaux mots dans les domaines de la médecine (radiotoxicité, favisme, gastroscopie), de la biochimie (aminoplaste, arénavirus, catéchine, cétohexose, chlorobenzène, pyruvique) ou de l’informatique (métamoteur, microprogramme, virtualisation).
D’un autre côté, en revanche, le Petit Larousse ouvre grand ses portes à des mots qui n’ont rien de néologique : des mots des vocabulaires techniques traditionnels (barboteur : « Dans les blanchisseries, appareil dans lequel le linge à laver est brassé mécaniquement […] », cloutier : « Personne qui fabrique ou vend des clous », couvige : « Réunion traditionnelle de dentellières », aisselier, chambrage, bûcheronnage, etc.), beaucoup de dérivés rapidement définis (en -ique : adamique, bariatrique, biogéographique, carbochimique, cardiologique, catabolique, chiasmatique, psychopathologique, rhapsodique, rugbystique ; en -ment : bibliquement, chirurgicalement, compulsivement, scolairement, témérairement, vertigineusement ; en -logue ou -logiste : addictologue, chronobiologiste, infectiologue, tabacologue). Ce grand nombre de dérivés se ressent à travers la taille moyenne, en lignes, des articles ajoutés : 2,5, alors que cette moyenne était plus proche de 3 voire 3,5 dans les millésimes 2004 à 2011. Cela se ressent également à travers le taux d’articles qui reçoivent une rubrique étymologique (cette rubrique est facultative dans le Petit Larousse) : seulement 15 %, contre 57 % en 2011, par exemple. Le grand nombre d’ajouts cache donc une certaine pauvreté de contenu. Autre exemple, les mots de la pêche, un domaine dans lequel les néologismes ne sont pas légion : avançon, bolinche, bolincheur, caseyeur, chaluter. Par l’ajout de ces mots, la nomenclature se complète d’éléments d’un lexique traditionnel. Les « 3000 nouveaux mots, sens ou expressions » sont pour une grande partie constitués de ces mots traditionnels, obsolètes pour certains, ce que ne mentionne aucunement le dossier distribué à la presse.
Dans le même ordre d’idée, le nombre de 3000 a été atteint par un autre procédé. J’ai constaté (grâce à mes relevés exhaustifs réalisés dans les Petit Larousse depuis le millésime 1997) que 20 % des articles ajoutés dans le Petit Larousse 2012 étaient sortis auparavant, notamment lors de la refonte de 1998. Voici ceux que j’ai trouvés dans la lettre B : bacciforme, bacilliforme, bandagiste, barbiturisme, barn, basilaire (sorti en 2005), battée, bibliothéconomie, bifilaire, binauriculaire, bioénergétique, biofeedback, biveau, bloomer (sorti en 2005), bouline, bourroir, bouscueil (sorti en 2002), bronchiteux, butanier, buxacée. Ce n’est pas la première fois que je constate que des mots sortis du Petit Larousse retrouvent leur place dans ses colonnes : 129 articles avaient suivi ce parcours entre 1997 et 2011. Mais dans une telle mesure, 365 articles sortis récemment puis réintroduits en 2012 sous couvert de nouveauté, c’est absolument stupéfiant ! (La liste complète est disponible ici.) Je reviendrai là-dessus dans la conclusion de ce compte rendu.
Par ailleurs, j’ai également comparé ma liste de mots nouveaux du Petit Larousse 2012 avec celle de la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (qui s’arrête à la lettre M, faute de publication de la suite). J’ai constaté que 14 % des articles ajoutés en 2012 dans le Petit Larousse, présentés comme des néologismes, étaient auparavant entrés, en 1992 ou 2000 (premier et deuxième tomes), dans le Dictionnaire de l’Académie française : par exemple acrocéphale, agitato, anagogie, appertiser, basilaire, bibliquement, cession-bail, computation, cyclotouriste, décalcifiant, dynamométrie, etc. Bien entendu, mon propos ne consiste pas à dire que les auteurs du Petit Larousse se sont inspirés du dictionnaire académique ; il s’agit plutôt de montrer en quoi les relevés lexicographiques convergent et sont unanimes pour signifier que ces mots sont entrés dans la langue.
Même comparaison, presque le même résultat et même conclusion avec les Petit Robert : 11 % des articles entrés dans le Petit Larousse 2012 étaient auparavant entrés dans le Petit Robert entre 1998 et 2011 : acéricole en 2007, algologue en 2001, biodynamie en 2010, cabécou en 2001, chorba en 2009, destroy en 1998, infobulle en 2008, nugget en 2001, schmilblick en 2000, veinotonique en 2003, etc. (la liste est disponible ici).
Lors de cette refonte, 447 articles ont été supprimés de la nomenclature, parmi lesquels un certain nombre de termes du vocabulaire de l’agriculture ou du catholicisme : anémographe, avant-clou, bouffissage, carburol, consortial, enjaveler, expertement, impanation, minitéliste, protonotaire, servite, suburbicaire, vétéciste, etc. Espérons simplement que ces suppressions sont réfléchies et qu’elles ne donneront pas lieu à une réintroduction à la nomenclature dans quelques années, en étant présentées comme des nouveautés.
Comme c’est indiqué en quatrième de couverture, le Petit Larousse 2012 accueille les rectifications de l’orthographe dans ses colonnes. Le cahier de 11 pages consacré à la question a cette année été remplacé par la mention directe, dans les entrées, des graphies issues de la nouvelle orthographe.
Que l’on soit pour ou contre les rectifications de l’orthographe de 1990 (dont le texte peut être consulté ici), il faut saluer l’initiative courageuse des auteurs du Petit Larousse, qui reprennent à leur compte des graphies dont certaines sont loin de faire l’unanimité (basfond, compte-goutte, etc.).
Ces graphies figurent dans la zone entrée des articles, en italique et à la suite du symbole ≈, par exemple auto-école ≈ autoécole, boîtier ≈ boitier, bulldozer ≈ bulldozeur, ciguë ≈ cigüe, etc.
On pourra cependant regretter un nombre important d’incohérences dans le travail d’introduction des graphies rectifiées. Les choix opérés ne sont pas toujours très clairs. Pourquoi proposer de rendre variables les adjectifs antifumée, antiglisse, antipoison mais pas antidémarrage, antiémeute, antipanique ? Pourquoi proposer la soudure de cardio-vasculaire en cardiovasculaire, mais pas celle de cardio-training ? Pourquoi proposer de supprimer le -s final, au singulier, de coupe-ongles, mais pas celui de casse-noisettes ? Pourquoi boîte ≈ boite mais boîte-boisson avec accent obligatoire ? Pourquoi brûler ≈ bruler mais brûlement avec accent obligatoire ? Pourquoi dîner ≈ diner mais après-dîner avec accent obligatoire ? Pourquoi proposer de changer la conjugaison de corréler mais pas celle de anhéler ? Pourquoi ballotter ≈ balloter mais ballottine avec deux t ? Pourquoi proposer de souder baby-boom mais pas baby-boomer ? Pourquoi proposer de souder contre-rail et contre-rejet mais pas contre-réaction ? Pourquoi proposer de souder chow-chow mais pas craw-craw ? Pourquoi proposer un accent grave sur le premier e de crénelure mais pas sur celui de créneler ? Pourquoi faire entrer le mot bodegón avec un accent sur le o (le seul de toute la nomenclature !), graphie tout à fait contraire à l’esprit des rectifications ? J’ai relevé d’autres incohérences par dizaines, qui ne proviennent pas du texte des rectifications. Beaucoup de retouches lexicographiques restent à faire dans ce domaine.
Les éditeurs ont eu cette année la drôle d’idée de lancer un concours d’un genre nouveau : deux mots intrus ont été introduits dans le Petit Larousse 2012. Les concouristes (mot entré en 2012, après être sorti en 1998…) sont invités à les débusquer à l’aide des indices publiés périodiquement sur le site de l’éditeur et à envoyer un bulletin-réponse pour le tirage au sort. À gagner : un chèque de 100 000 euros. D’après ce que j’ai constaté dans les points de vente du Petit Larousse, ce concours est le principal argument de vente du dictionnaire cette année.
C’est une bonne nouvelle pour ceux qui gagneront l’un des 100 lots mis en jeu et une absurdité pour tous les autres. On peut accepter qu’un dictionnaire contienne des erreurs involontaires, mais pas qu’on en fasse un terrain de jeu accueillant sciemment des intrus, qu’il s’agisse de mots inventés ou de noms propres imaginaires. À mon avis, ce concours n’est pas la bonne méthode pour vendre des dictionnaires.
Le Petit Larousse coûte cette année encore 29,90 euros en France métropolitaine (et 44,90 euros en grand format). Il a été tiré à 700 000 exemplaires (d’après cette source), bien que les chiffres de vente soient en baisse depuis quelques années (160 000 en 2006 et 135 000 en 2010 d’après cette source).
Le Petit Larousse, qui vient d’être refondu, fait un pas en avant dans son histoire. On assiste à la poursuite de l’évolution habituelle par ajout de quelques vraies nouveautés, à un grand remaniement orthographique et à un nouvel épisode de la valse des nomenclatures. Pour illustrer cette dernière idée, je voudrais évoquer ici l’aventure de quelques mots dans les Petit Larousse. Mots-croisiste, entré dans le millésime 1948, est sorti en 1968 ; il a été réintroduit en 1998. Traclet, entré en 1998, est sorti en 2005 ; il a été réintroduit en 2009. Célérifère, sorti en 1998, a été réintroduit en 2001 ; il est ressorti de la nomenclature en 2003. Carte-vue, sorti en 1998, a été réintroduit en 2006 ; il est à nouveau supprimé en 2012. Sociopathie, entré en 1998, a été supprimé en 2002 ; il est réintroduit en 2012. Il semble que la pratique qui consiste à faire osciller des mots dans la nomenclature du Petit Larousse ne date pas d’hier (cf. la page des articles entrés ou sortis plus d’une fois dans le Petit Larousse). Cette année encore, un cinquième des articles ajoutés provient d’un fonds d’articles récemment supprimés. Qu’est-ce qui peut expliquer cette valse ?
À mon avis, les éditeurs sont pris à leur propre piège. L’idée récente de vanter une liste de nouveaux mots pour vendre une nouvelle édition du dictionnaire produit des conséquences indésirables. D’une part, les éditeurs ne communiquent pas sur le fait que des mots sortent de la nomenclature. C’est dommage, car le public est tout à fait apte à comprendre que le lexique se renouvelle. D’autre part, ils sont astreints à faire croire au public que le nombre de mots du dictionnaire augmente sans arrêt. Cela s’est traduit lors de la refonte de 1998 par l’annonce que le Petit Larousse passait de 58 900 mots à 59 000, alors qu’en réalité il en perdait plus de 3000 ! Le calcul des éditeurs n’était pourtant pas faux, mais ils se sont abstenus de dire qu’ils ne comptaient plus uniquement les articles mais désormais aussi les sous-articles ou les doubles entrées. Et cela se traduit dans le millésime 2012 par la nécessité d’annoncer un grand nombre de nouveautés, quel que soit le contenu auquel ce nombre correspond.
Si vous devez acheter le Petit Larousse, faites-le en connaissance de cause.