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Publié le 29 mars 2006
Dernière modification : 5 avril 2006
Je vous propose une sélection de termes issus du jargon des
lexicographes (auteurs de dictionnaires).
Un article de dictionnaire est un paragraphe dans lequel un mot est
décrit. Le dictionnaire est principalement constitué d'une série
d'articles.
Une entrée de dictionnaire est un mot qui fait l'objet d'un article.
On l'appelle entrée car c'est véritablement par là qu'on entre dans
le dictionnaire ; par exemple si l'on cherche le mot plat, on trouve
l'entrée plat, qui introduit sa description. Les entrées du Petit
Larousse sont classées par ordre alphabétique.
La nomenclature est la liste de toutes les entrées que le
dictionnaire contient. Le Petit Larousse et le Petit Robert ont des
nomenclatures réduites (environ 60 000 entrées) aux mots les plus essentiels
de la langue. Le Trésor de la Langue Française, dont la nomenclature est
plus étendue, contient 100 000 entrées. Le Robert Benjamin, qui s'adresse
aux enfants de six à huit ans, compte 6 000 entrées.
La vedette d'un article est la mise en forme typographique de son
entrée, qui permet de la mettre en valeur. Par exemple, la vedette peut être
en gras, en petites capitales, en minuscules, en rouge, en noir,
etc.
Un renvoi est soit contenu à l'intérieur d'un article, soit en
constitue un à lui tout seul. Dans le premier cas, il complète la définition
en renvoyant le lecteur vers un article où d'autres informations sont
disponibles ; dans le deuxième cas, il indique que le mot recherché est
traité à un autre endroit du dictionnaire.
Un exemple est une mise en contexte de l'entrée. Il peut être soit
forgé, c'est-à-dire inventé par le lexicographe, soit attesté,
auquel cas il constitue une citation (éventuellement un proverbe). Il
peut également être glosé, dans le cas où il introduit une
définition. Par exemple dans le Petit Robert, à l'entrée poudre, on trouve «
Poudre de perlimpinpin, que les charlatans vendaient en la donnant
pour une panacée ».
Les exemples sont essentiels dans un dictionnaire. Ils permettent de donner
un peu de vie aux mots décrits, qui sans cela seraient épinglés, par ordre
alphabétique, comme des papillons morts dans une vitrine.
Selon une formule de Voltaire, reprise plus tard par Pierre Larousse, « un
dictionnaire sans exemple n'est qu'un squelette ».
Un doublon est une définition qui se trouve à deux endroits du
dictionnaire. Les lexicographes évitent d'en produire car ils sont
nuisibles. D'une part, ils prennent de la place inutilement, et d'autre
part, ils créent un risque de contradiction. En effet, lorsqu'en deux points
du dictionnaire deux définitions décrivent la même chose, il y a un risque
que celles-ci se confrontent. Prenons un exemple dans le Petit Larousse 2006
:
Entrée bon enfant : « plein de bienveillance et de candeur. »
Entrée enfant : « Bon enfant [exemple glosé], d'une
gentillesse simple ; accommodant. »
Ce n'est pas tout à fait la même chose !
La refonte d'un dictionnaire est une nouvelle édition pour laquelle
toute l'édition précédente a été remise en question. Le Petit Larousse, dont
une nouvelle édition paraît chaque année, subit une refonte tous les six à
dix ans environ. Le millésime 1998, comme le 2005, est une refonte : le
nombre de pages, les polices, les illustrations ont changé, de nombreuses
définitions ont été refaites, la nomenclature et la mise en pages ont été
revues ; tandis que le millésime 2004, n'étant pas une refonte, ressemble
beaucoup au millésime 2003 (quelques mots ajoutés, peu de définitions
remaniées). Attention : dans le Petit Larousse, les refontes de la partie
Noms communs et de la partie Noms propres ne sont pas forcément simultanées
!
La microstructure d'un dictionnaire est la structure du contenu d'un
article. Comparons par exemple la microstructure du Petit Larousse à celle
du Petit Robert.
Dans le Petit Larousse, un article (sauf renvoi) contient toujours au moins
:
Il contient éventuellement, en plus de cela :
Dans le Petit Robert, un article (sauf renvoi) contient toujours au moins :
On y trouve éventuellement, en plus de tout cela :
Au niveau de leurs microstructures, le Petit Larousse et le Petit Robert se
différencient donc principalement par les étymologies et les transcriptions
phonétiques, obligatoires dans l'un et occasionnelles dans l'autre, par
l'utilisation d'exemples tirés de la littérature, par les encadrés décrivant
la descendance du mot (Petit Robert), par le réseau analogique (ensemble des
renvois signalant les synonymes et les antonymes) beaucoup plus développé
dans le Petit Robert que dans le Petit Larousse, et par les illustrations et
les développements encyclopédiques, caractéristiques du Petit
Larousse.
La macrostructure d'un dictionnaire est l'organisation de sa
nomenclature. Dans quelques dictionnaires comme le Dictionnaire du français
contemporain (DFC), sont appliqués le dégroupement homonymique et le
regroupement morphologique. Le dégroupement homonymique consiste à
traiter en plusieurs articles numérotés des mots tels que bouton,
dont les sens sont éloignés et considérés comme des homonymes (bouton sur
la peau, bouton de fleur, bouton de porte, bouton d'une machine, bouton de
chemise, etc.). Le regroupement morphologique consiste à définir les
dérivés d'un mot dans un seul et même article. Dans le DFC, le mot
dérivation est défini à l'intérieur de l'article dériver. Au
niveau de la macrostructure, la principale différence entre le Petit
Larousse et le Petit Robert est que le second indique parfois des dérivés
en fin d'article, sans les définir (on trouve par exemple
homéostatique à la fin de l'article homéostasie).
Le paratexte d'un dictionnaire est l'ensemble des documents qui
accompagnent la partie centrale formée des articles. Certains éléments du
paratexte sont communs au Petit Larousse et au Petit Robert : la préface,
les tableaux de conjugaison, la liste des phonèmes du français, une liste
d'abréviations. Le Petit Larousse se démarque par son mémento grammatical,
ses cahiers thématiques, ses pages roses. Toute la partie Noms propres, avec
l'atlas, la chronologie universelle et diverses listes se retrouvent dans le
Petit Robert des noms propres. Le Petit Robert (des noms communs cette fois)
se démarque principalement par son véritable dictionnaire des suffixes et
par sa liste de noms propres de personnes et de lieux.
Une PLV, ou publicité sur le lieu de vente, est un gros
présentoir en carton qui fait la promotion d'un dictionnaire, et sur lequel
est fixé un exemplaire destiné à la consultation par les potentiels clients,
que l'on trouve dans les librairies et les salons du livre.
Un dictionnaire informatisé est un dictionnaire conçu en premier lieu
pour une version papier, dans lequel on insère des balises afin de le rendre
exploitable sur un support informatique. Le Petit Larousse a été balisé à
l'occasion de la refonte du millésime 1998, et il a dès lors été disponible
sur cédérom.
Un dictionnaire électronique est un dictionnaire qui n'existe que sur
support informatique, comme par exemple le dictionnaire de synonymes intégré
au logiciel Word, ou bien le Dictionnaire du moyen français (DMF). La
distinction entre dictionnaire informatisé et dictionnaire électronique
n'est pas tout à fait établie. Elle pourrait être amenée à évoluer dans les
prochaines années.
Le balisage d'un dictionnaire est l'opération par laquelle on insère
des balises dans un dictionnaire. C'est aussi la liste des balises
utilisées. Le balisage peut être plus ou moins souple ou fin.
Les balises sont des éléments fondamentaux dans les dictionnaires
d'aujourd'hui. Un dictionnaire existant en version informatisée est
constitué d'un réseau de millions de balises, qui s'insèrent autour de
chaque élément constitutif du dictionnaire. Les balises fonctionnent par
paires : une balise ouvrante (notée <...>), et une balise fermante
(notée </...>). Ces deux balises se placent par exemple autour d'un
article (on les appelle alors balises article), autour d'une vedette
(balises vedette), autour d'une définition (balises définition), autour d'un
exemple (balise exemple), etc. Elles servent notamment à décrire l'élément
qu'elles circonscrivent. Le réseau de balises d'un article laisse apparaître
sa structuration. Les balises contenues dans un article sont hiérarchisées.
Par exemple, une balise vedette se trouve nécessairement à l'intérieur d'une
balise article. Imaginons un article balisé assez simple :
BAGNOLE n.f. (régionalisme du Nord de la
France) Fam. Voiture. Il conduit une vieille bagnole.
<article=BAGNOLE> <vedette> <entrée>bagnole</entrée> <catégorie_grammaticale>nom féminin</catégorie_grammaticale> </vedette> <étymologie>régionalisme du Nord de la France</étymologie> <bloc_définitions> <définition1> <marqueur_d'usage>familier</marqueur_d'usage> <définition>voiture</définition> <exemple>il conduit une vieille bagnole</exemple> </définition1> <bloc_définitions> </article>
Comme on le voit dans cet exemple, un article très court devient vite une
véritable forêt de balises.
À partir de ce balisage assez rudimentaire, que l'on applique à tous les
articles, on peut très facilement mettre en forme l'ensemble du dictionnaire
: pour mettre tous les exemples en caractères italiques, il suffit
d'appliquer l'attribut « italique » aux balises exemple. De même pour mettre
toutes les entrées en petites capitales et en gras, ou encore pour revenir à
la ligne à la fin de chaque vedette, ou même pour générer la ponctuation ou
les majuscules.
Grâce à notre balisage, il nous est permis de faire des recherches très
précises sur le contenu du dictionnaire. Par exemple, je peux rechercher
tous les mots familiers, c'est-à-dire tous ceux dont la balise
marqueur_d'usage contient « familier ».
Notre exemple est très simplifié. Les éditeurs tels que Larousse ou Robert
ont balisé leurs dictionnaires, et en ont commercialisé des versions
informatisées, permettant aux utilisateurs d'accéder à toutes ces fonctions
de recherche, en offrant de nouvelles perspectives à la consultation du
dictionnaire. Cependant, la structuration des dictionnaires, leur
enchevêtrement de balises, est tenue secrète. Il semblerait que la véritable
richesse d'un dictionnaire comme le Petit Larousse, aujourd'hui, soit son
balisage.